Les histoires érotiques d’Eva

Une rencontre avec une prostituée dans les rues de Marseille va changer le cours de la vie de cet homme solitaire.

L’appartement dans lequel je vivais se situait au deuxième étage d’un pavillon dans le centre de Marseille.
J’avais aménagé ici cinq ans auparavant, après avoir quitté le foyer parental à Nantes.

J’avais choisi Marseille parce que j’aimais cette activité frénétique d’une ville portuaire, le mélange incroyable de races et de personnes qui y vivaient, ces allées et venues constantes d’hommes et de femmes qui en partaient ou arrivaient pour des affaires ou pour des vacances.

J’aimais me promener dans le chaos indescriptible de ses rues, entendre le son pénétrant des sirènes des bateaux qui entraient ou sortaient du port, sentir l’odeur iodée de la mer mélangée aux échappements des milliers de voitures et de camions qui traversaient la ville, fréquenter les bars plus ou moins malfamés où se retrouvaient les marins de retour de la mer.
 
Je travaillais dans une banque dans le centre de Marseille et le soir, avant de rentrer à la maison, je m’immergeais en me promenant dans les ruelles animées et bruyantes autour du Vieux Port, je remontais la Canebière en humant les doux parfums de la ville et me dirigeait lentement vers mon appartement, rue d’Aubagne.
De retour chez moi, je redevenais cette personne solitaire et silencieuse que j’étais au fond.

Mes relations avec ma famille n’avaient jamais été idylliques.
On peut même dire qu’il n’y avait jamais eu de réelles relations. Peut être était-ce à cause de la maladie que j’avais contracté petit et qui avait fait de moi un enfant moins réussi que les deux autres que mes parents avaient eu, celui dont ils étaient le moins fier, celui qui avait toujours été plus un fardeau qu’une réelle fierté et joie.
La poliomyélite m’avait laissé une jambe plus maigre et plus faible que l’autre, ma patte folle comme je l’appelais qui m’interdisait toutes les activités sportives et récréatives qu’un enfant peut avoir : jouer et courir avec ses camarades, tirer dans un ballon, et plus tard danser avec les filles.
Ma soeur et mon frère eux en revanche étaient beaux et en bonne santé. Ils étaient la fierté de mes parents et ma mère avait les yeux étoilés lorsqu’elle parlait d’eux. Moi je ne ressentais la plupart du temps, sans doute inconsciemment de sa part, qu’un regard imbibé de pitié et de compassion.
Quoi qu’il en soit, le résultat de ces années était un homme fragile et manquant de confiance en lui, renfermé sur lui-même et déçu de la vie.
J’aimais les gens, le mouvement mais je n’étais que simple observateur et je ne me sentais jamais réellement touché par ce qui m’entourait.
J’avais 34 ans et j’avançais ainsi dans la vie, une vie plate et calme comme la mer au mois d’août, avec peu d’amis véritables et surtout peu de femmes.

 

Les femmes, depuis toujours cela avait été un autre grand problème.
Pour être franc, je n’étais pas moche mais je n’avais rien de particulier (si ce n’est cette démarche clopinante à cause de la maladie), je n’étais pas séduisant, en tous cas je ne voyais rien de séduisant en moi, même lorsque je revêtais mes costumes pour aller au travail. J’étais élégant certes, mais c’est tout.
Je n’avais eu en ces 34 années de vie qu’une seule et unique véritable histoire d’amour.
J’avais 23 ans lorsque j’étais tombé amoureux, je croyais alors que ma vie était en train de changer de manière radicale.

Elle s’appelait Eva, était étudiante de philosophie à l’université de Nantes.
Mais toutes mes illusions s’écroulèrent bien vite le soir où Eva m’annonça qu’elle était confuse, qu’elle était indécise sur ses sentiments à mon égard, et qu’elle avait rencontré un homme qui lui faisait la cour… elle avait besoin de prendre du recul pour savoir où elle en était. Ça voulait tout dire.
Après quelques tentatives vaines pour la reconquérir, Eva disparut et je ne la revis jamais plus.

J’étais à nouveau seul, convaincu comme jamais que j’étais destiné à la solitude, et que, en ce monde, chacun naît avec un destin déjà tracé, tel était le mien et je devais m’en contenter.
Je n’avais plus d’envie, pas même sexuelles, je ne me masturbais jamais… j’avais parfois regardé des films X, sans succès, ces corps enlacés, ces femmes nues, leurs poitrines généreuses ou menues…cela me laissait indifférent.

Ce mercredi soir de la fin du mois d’octobre, j’avais décidé d’aller assister à un match de l’Olympique de Marseille au stade Vélodrome.
Le foot était devenu une véritable passion pour moi. J’allais au stade avec des collègues de l’agence et ces sorties constituaient la seule vie sociale que j’avais en dehors de mon travail.
Pour éviter le chaos de la sortie d’après match, je garais ma voiture dans une rue un peu éloignée du stade.
En dépit de ma patte folle, j’étais un bon marcheur ; je marchais certes lentement mais j’étais résistant.
Le match fini, je saluais donc mes collègues et me dirigeais tranquillement vers ma voiture.
L’heure était tardive et il n’y avait pas beaucoup de passants lorsque arrivé devant un portail sombre, j’entendis deux personnes discuter à vive voix.
Je tournais la tête et vis un homme hurler et faire un geste menaçant vers une femme pour ensuite la frapper violemment de la main.
Je n’avais jamais eu l’étoffe d’un héro mais dans certaines circonstances on ne peut rester indifférent à ce qui se passe.
Je pénétrais sous le porche et m’approchais de l’homme qui s’acharnait encore sur la femme. Je lui saisi le bras. Il se tourna vers moi et cria :
” Qu’est-ce que tu veux toi ? “.
” Vous n’avez pas honte de frapper…..? “.
Je n’eus pas le temps de finir ma phrase que son poing venait me frapper en plein visage, je fus déséquilibré et tombais en arrière.
Bien que pétrifié de douleur, je tentais de me relever.
L’homme s’en était allé.
A côté de moi, la jeune femme qui me regardait intriguée.
” Vous êtes blessé ? Votre joue saigne ” me dit-elle.
Elle prit son foulard et tamponna délicatement ma blessure.
C’était une jeune femme d’environ 25 ans, des cheveux longs et noirs, un visage fin et délicat et deux yeux intensément noirs, elle était maquillée à outrance.
” Mais qu’est-ce qu’il vous voulait ce type ? “.
Elle me regarda, et après un silence répondit :
” Parfois, les clients essaient de vous rouler sur le prix ou te demandent des prestations spéciales. Si tu refuses, ils s’insurgent et parfois voilà comment ça fini “.
C’était donc une prostituée.
Cette réalité me bouleversa, convaincu que j’étais d’avoir assisté à une simple dispute entre amoureux, à une scène de jalousie qui avait mal tourné…
 
Mais non, c’était en fait une prostituée qui avait été frappée par un client pour qui sait quelle raison…
” Merci, merci beaucoup me dit à nouveau la jeune femme, j’espère vraiment qu’à part cette blessure sur la joue, vous ne vous êtes pas blessé. Merci”.
Je la suivi des yeux s’éloigner dans la nuit.
Je me demandais quel évènement de la vie avait bien pu conduire cette femme dans la rue, une vie qui supposait non seulement l’acceptation de l’exploitation de son corps mais également le risque, le danger que cela implique dans la vie au quotidien.

Encore bouleversé, je retournais vers ma voiture et rentrais à la maison.

Quelques jours plus tard, je regardais un vieux film à la télé, je baillais, je m’ennuyais à mourir.
Mes yeux étaient fixés sur les images de l’écran, mais ma tête était ailleurs. Je pensais à cette femme que j’avais rencontrée ce soir là.
Je pensais à la résignation que j’avais lu sur le visage de cette femme, à la vie qu’elle devait avoir, une vie si différente de la mienne.
Je pensais à tout cela et en réalité je pensais surtout à elle, à son visage si doux, à ses grands yeux.
Je voulais la revoir, c’est ça la vérité.
Lentement, je sentis monter en moi ce désir irrationnel, guidé par des sensations qui m’étaient jusqu’alors étrangères. Je me levai du canapé, pris ma veste et sortis.

Je parcourais la rue où je l’avais rencontrée, au volant de ma voiture, en roulant doucement et en scrutant dans l’obscurité de part et d’autre. Mais aucune trace d’elle.
J’avais vu deux autres prostituées ; l’une d’elle avait même relevé la jupe courte qu’elle portait, me prenant pour un client potentiel. Mais elle n’était pas là.
Frustré, certain de l’avoir perdue à tout jamais, je pris une rue transversale pour rejoindre la l’autre rue et rentrer chez moi lorsque je la vis à côté d’un lampadaire.

C’était elle… elle portait une mini jupe très courte et des bottes à très hauts talons.
Je me garai près du trottoir et la jeune femme s’approcha de ma voiture dont j’avais baissé la vitre.
” Salut, on y va ? ”
” Euh…eh bien…à dire la vérité, je voulais seulement savoir si l’autre soir… vous aviez eu des problèmes… avec ce type…” je lui répondis très gêné.
Pendant un court instant, je sentis le feu monter à mes joues, puis elle me reconnut et toujours en souriant me dit  : ” Oh, c’est vous ! “.
Nous sommes restés à nous regarder sans savoir quoi nous dire, que faire. C’est elle qui rompit le silence et dit :
” Oui, merci. Tout c’est bien passé grâce à votre intervention “.
 
J’aurais alors dû la saluer, et m’en aller. Qu’est-ce que je faisais dans cette rue ? Qu’est-ce que je pouvais bien lui dire ? C’était une folie, je le savais mais je ne bougeais pas. Je restais à la regarder sans savoir quoi dire, persuadé au fond de moi que ma place était ici.

” Ecoutez-moi – poursuivit la jeune femme – faisons ainsi. Je prends 100 euros pour une pipe. Mais comme vous avez été très gentil avec moi, ce sera 50 euros pour vous. Comme ça je peux vous remercier pour l’autre soir.  OK ? “.
Je restais abasourdi. N’allez pas penser que j’étais offusqué mais bon sang, j’étais juste passé pour m’assurer qu’elle allait bien (tout au moins c’est ce que je voulais croire) et je me voyais offrir une pipe, avec une remise s’il vous plait !
Constatant ma réaction, elle se retira.
J’eu une bouffée de chaleur ; peut être n’étais-je pas venu seulement pour prendre de ses nouvelles. Je ne voulais pas que cela finisse ainsi. Je ne voulais pas qu’elle parte.
” Je vous en prie, montez ” lui répondis-je d’une voix que je ne reconnaissais plus comme étant la mienne.
 
Elle s’était installée à bord de ma voiture, et m’indiqua la route et l’on s’arrêta au fond d’un parking désert.
J’éteignis les feux de ma voiture et me retournais pour la regarder.

” Comme vous l’avez vu l’autre soir, je rencontre toutes sortes de personnes dans mon travail. Ne vous vexez pas, je vous prie, mais le paiement se fait d’avance “.
Je la regardais et je voulais lui dire que je ne m’étais pas mis à sa recherche pour me faire tailler une pipe ; je voulais lui dire que de ma vie je n’avais jamais été voir une putain, qu’une femme belle comme elle ne devait pas se trouver ici…
Je voulais dire tout cela et bien d’autres choses encore, mais les mots ne sortaient pas.
 
Je pris l’argent dans mon portefeuille et mis les billets dans sa main.
Elle les glissa dans une petite bourse et me dit toujours en souriant : ” Je vais vous faire une petite chose spéciale, c’est normal que je vous remercie”.
Avant d’avoir pu dire quoi que ce soit, elle baissa agilement de ses mains ma braguette, les faufila dans mon slip et empoigna mon sexe.
Embarrassé comme je ne l’avais jamais été, probablement rouge comme une pivoine, j’étais malgré tout excité par cette étrange situation, hautement érotique pour moi.
La tournure qu’avait pris la situation était totalement déconcertante mais je ne peux le cacher elle m’excitait.
Par des gestes rapides et précis, et sans que je ne m’en aperçoive, elle m’enfila un préservatif sur le pénis déjà en érection.
” Comment t’appelles-tu ? ” me demanda-t-elle en me tutoyant.
” Manuel. E toi ? “.
” Cathy, c’est un prénom ringard que je déteste mais c’est le mien ” répondit-elle en se penchant sur moi.
Elle prit mon sexe, le mis dans sa bouche et commença à le sucer. La main posée à la base, elle me suçait et léchait avec vigueur, mais sans aucun signe de tendresse ou d’émotion.
Bien que n’étant pas un grand expert des pipes, mon corps me dit qu’elle savait s’y prendre.
Bien que tendu et nerveux, et pas très à l’aise, il fallu peu de temps pour que j’éjacule.
Cathy se redressa et s’installa à nouveau sur le siège de la voiture.
J’étais tout retourné. J’avais joui comme jamais, j’étais maintenant rassuré et avais la preuve que je pouvais encore éprouvé du plaisir dans une relation sexuelle. Elle avait réveillé en moi bien des sensations de plaisir longtemps endormies.
La jeune femme se recoiffa et me dit :
” Bon, tu me ramènes “.
Evitant de la regarder, je retirais le préservatif, je le mis dans le cendrier de la voiture, je m’essuyais rapidement avec un mouchoir et refermais mon pantalon.
Quelques minutes plus tard, elle retournait à son poste à côté du lampadaire.
” Ciao Manuel, et encore merci pour l’autre soir ” me dit-elle par la fenêtre.
” Ciao Cathy – répondis-je - et…je voulais aussi te dire…”.
” Oui ? ”
” Je voulais te dire que ton prénom…Cathy, il me plait beaucoup…”.
La jeune femme éclata de rire devant mon embarras et me saluant d’un geste de la main elle s’éloigna de la voiture.
De retour à la maison, confus et pensif, je me remémorais ce qui était arrivé, je ne voyais qu’elle, sa tête penchée sur mon sexe, sa bouche sulfureuse…

Quelques jours plus tard, je me rendis compte que Cathy était entrée dans ma vie non pas tant pour le plaisir qu’elle m’avait procuré en me taillant cette pipe mais parce qu’elle occupait mon esprit.
Je savais que je m’engageais sur une voix dangereuse et sans issue.

Et puis un jour… c’était un samedi après-midi et je me promenais sur le Vieux port comme j’aimais le faire.
Et c’est là que je la vis, Cathy, à quelques mètres devant moi.
Elle ne portait pas ce déguisement de putain provocant qu’elle portait l’autre soir. Elle était habillée simplement d’un jean et d’une parka beige.
A côté d’elle, main dans la main, marchait un petit garçon de trois ou quatre ans qui mangeait une crêpe.
Je la vis s’arrêter, se pencher vers l’enfant et essuyer la bouche de l’enfant à l’aide d’un mouchoir en papier d’un geste délicat et chargé d’amour maternel.
C’était une autre personne, sans maquillage, sans provocation ; elle était superbement belle et séduisante, sexy dans son jean délavé.
Mon coeur s’était tout d’un coup emballé.
Sans qu’elle me voie, je la suivis un peu, jusqu’à ce qu’elle s’arrête devant un manège où l’enfant monta sur un cheval de bois. Elle était radieuse, ses yeux riaient de bonheur en regardant ce petit garçon s’amuser.

Ce soir là, je dû résister à l’envie d’aller la voir, d’aller lui demander pourquoi elle faisait ainsi le tapin, et comment elle faisait pour être aussi tendre et attentionnée avec son fils pour le soir se transformer en fille de joie, en pute pour vendre son corps et sa dignité à des hommes contre de l’argent.
Ce soir là, je parvins à résister.
Mais le lendemain, je me retrouvais dans ma voiture à sa recherche.
Je la retrouvais à son poste près de ce lampadaire.
Elle me reconnut immédiatement et me dit en riant : ” Alors, ça veut dire que ça t’as plus ! ”
” Tu veux monter ? ” lui demandais-je timidement.
” Volontiers, j’aime travailler avec des personnes bien éduquées et gentilles comme toi ”
Le scénario de l’autre fois allait se répéter ; un parking sombre, une pipe, l’extase suprême, une éjaculation rapide… mais je ne voulais pas de cela, je voulais simplement être à côté d’elle.
Cathy se serait sans doute étonnée de cela et m’aurait considérée comme un type étrange. Elle aurait pu décider de ne plus monter dans ma voiture.
Mais je ne voulais pas qu’elle me le fasse avec la bouche.
J’avais l’impression de l’humilier, d’atteindre sa dignité, de profiter d’elle. Je choisi alors une autre option et payais Cathy pour un travail à la main comme elle l’appelait et sans perdre de temps, elle m’enfila un préservatif et se mit à me masturber.
Sa main glissait sur mon pénis avec des mouvements rythmés, parfois lents, parfois rapides, rudes ou délicats à la fois.
Son parfum m’enivrait, me faisait tourner la tête.
Cette fois encore, j’éjaculais rapidement, excité par ce qui m’arrivait.
La masturbation finie, je trouvais le courage de lui demander :
” Pourquoi te prostituer ainsi ? Pourquoi gâcher ta vie ? Pour l’argent j’imagine. Mais il existe d’autres professions que celles de prostituée. Tu pourrais avoir une vie plus saine et plus respectables et sans risques. Tu es trop belle pour vivre ainsi “.
 
Elle continuait à me regarder dans les yeux avec une expression dure et sérieuse.
Avec un sourire mais sur un ton agressif, elle me répondit : ” Parce que ça me plait, j’aime gagner beaucoup d’argent en peu de temps, pouvoir m’acheter tout ce dont j’ai envie, des fringues, des parfums, des bijoux. Je n’ai personne qui pense à moi depuis trop d’année, je dois me débrouiller seule. Et c’est la  manière la plus simple que j’ai trouvée. Satisfait ? “.
Cette réponse crue et sèche me laissa perplexe.
Ce ne pouvait être ainsi, sous ce masque qu’elle portait, se trouvait forcément une autre Cathy, je le savais, je le sentais et je l’avais vu se promener en mère de famille avec son petit garçon.
Mais je ne lui dis rien.

” Maintenant, raccompagne-moi ” me dit-elle brusquement.
Je mis le moteur en marche et d’un mouvement je lui pris la main et lui dit :
” Non Cathy, je ne te crois pas. Je t’ai vue avec ton fils en ville. Tu es une maman merveilleuse, radieuse. Tu n’étais pas une femme vêtue au dernier cri de la mode, parfumée et maquillée. Tu n’es pas celle que tu dis être “.
Elle me regarda et dans un sanglot, le masque tomba.
La jeune femme fondit en larmes et me raconta tout.

Elle venait de Bordeaux où vivait encore toute sa famille.
A l’âge de 20 ans, elle était tombée enceinte d’un jeune homme avec qui elle avait eu une aventure. Apprenant la nouvelle, il s’était volatilisé.
Son père voulait qu’elle avorte, mais elle savait qu’elle ne pourrait jamais le faire.
Alors, son père l’avait mise dehors, honteux d’avoir une fille mère.
Elle était venue sur Marseille où une amie l’avait hébergée jusqu’à ce qu’elle accouche. Elle avait aussi trouvé un travail dans une boutique mais en raison de sa grossesse, elle n’avait pas pu travailler longtemps.
Une fois l’enfant né, un petit Enzo, elle avait dû trouver un autre logement.
Cela faisait maintenant trois ans qu’elle vivait dans une chambre qu’elle louait chez une femme qui le soir s’occupait de l’enfant pendant qu’elle allait se prostituer dans les rues de Marseille pour gagner sa vie.
Elle avait tenté de chercher un autre travail mais les horaires ne correspondaient pas avec la disponibilité de la dame qui gardait l’enfant et Cathy n’avait personne à qui le confier. Et puis elle n’avait aucune formation… à part celle de la rue.
Elle s’était ainsi retrouvée à faire le tapin non pas pour s’offrir de beaux vêtements, des bijoux mais pour manger, pour faire vivre son fils décemment.
Elle était putain pour être une bonne mère…
Cathy parlait et pleurait en même temps, c’était une femme blessée et meurtrie par la vie, une vie qu’elle vouait à son fils.
En me regardant dans les yeux, elle me dit :
” Merci. Le destin veut que je te remercie toujours. J’avais besoin de parler à quelqu’un comme toi. Ta douceur appartient à ce monde que je n’ai jamais rencontré. Tu es bon et honnête mais je t’en prie : ne vient plus me voir. Ma vie est ainsi et rien ne pourra la changer”.
J’allais lui dire que non, que nous pouvions tout changer, nous déçus par la vie, notre vie, nous avions le droit d’espérer, le droit de croire en un avenir meilleur.
Mais elle apposa sur mes lèvres un doux baiser tendre et léger puis ouvrit la porte et s’enfuit en courant.
Pendant presque un mois, je ne retournais pas la voir.
Par peur, parce que j’étais incapable de me décider, craignant de l’ennuyer et la perdre à jamais.

Tous les soirs, je luttais et pensais à elle, à sa fragilité, à cette vie misérable qu’elle menait par amour pour son fils.
Je voulais aller la voir, lui parler, la caresser, la couvrir de baisers… je l’aimais.
Et à deux jours de Noël, un soir pluvieux et froid, je pris mon courage à deux mains et me dirigeais vers son secteur à sa recherche.
Les rues étaient désertes.
Je regardais dans tous les recoins sombres de la rue, devant les rideaux fermés des magasins, devant les porches des immeubles… elle n’était pas là.
Peut être n’était-elle pas venue à cause de la pluie et du froid, peut être que son enfant était malade…
L’angoisse commençait à m’envahir, et si elle avait changé de secteur ? Et si, il lui était arrivé quelque chose de grave avec un de ces clients obsédés par le sexe, si on avait abusé d’elle ? J’étais désespéré lorsque j’entendis de petits coups frappés sur ma vitre.
Je baissais légèrement la vitre de ma voiture et je la vis. C’était bien elle, trempée jusqu’aux os et frigorifiée.
” Je t’avais dit de ne pas revenir, non ? ” elle me souriait…
” Cathy, j’avais besoin de te revoir, je n’ai pas pu résister, pardonne moi ” répondis-je ému et surpris de la voir si belle.
” Je t’en prie, ce soir il fait froid, viens chez moi. Je te préparerais un thé chaud, tu pourras te sécher. Je te paierai si tu le veux. Mais ce soir, je ne veux pas de sexe de ta part, je ne veux pas de gâterie, je veux juste être avec toi ” lui dis-je.
A ma grande surprise elle me dit : ” Allons-y “.

Nous étions montés dans mon appartement, assis sur le canapé, une tasse de thé à la main, j’attendais qu’elle sorte de la salle de bains où elle prenait une douche pour se réchauffer. Je l’imaginais nue sous la douche, sous ma douche… le désir de la toucher, de la serrer dans mes bras, de la prendre avec passion montait en moi.
Elle sorti de la salle de bains, elle avait passer mon peignoir… s’était démaquillée et était tellement désirable ainsi, naturelle et sensuelle à souhait, Les cheveux encore humides qui tombaient sur ses frêles épaules.
Nous avions peu parlé jusque là.
Elle prit une tasse de thé et s’assit à mes côtés.
Elle était pensive et confuse et moi amoureux et timide redoutant que tout s’arrête.
D’un sac posé sur le fauteuil, je pris un petit ours en peluche et le donnai à Cathy.

” C’est bientôt Noël. Voici un petit cadeau pour Enzo, j’espère qu’il lui plaira “.
Cathy enfouit son visage dans la douce peluche, des larmes coulèrent sur ses joues.
De ma poche, je tirai une petite boite et lui la donnai.
” Et ça c’est pour toi, c’est mon cadeau de Noël pour toi. Ce n’est pas grand-chose, je ne suis pas très doué pour choisir des cadeaux, comme je ne le suis pas pour séduire une femme, mais je veux te dire que je t’aime, je t’aime tant Cathy. Tu as éclairé ma vie si terne jusqu’alors et j’aimerai illuminer la tienne à mon tour et celle de ton fils “.

Le visage de Cathy était maintenant inondé de larmes.
Elle avait ouvert le petit écrin et tenait dans ses mains cette petite chaîne en or avec un pendentif fin et délicat comme elle que j’avais choisi.
Elle me regarda et entre ses larmes qui continuaient à couler, elle me sourit tendrement. Qu’elle était belle…
Je l’ai prise dans mes bras et nous nous sommes enlacés sur le canapé.
Mes mains caressaient ses seins chauds et doux, ma langue s’est mise à explorer son corps, son cou, son ventre pour aller jusqu’à son sexe humide, tiède et parfumé.
Elle gémissait, s’abandonnant totalement à moi.
Je l’ai porté sur mon lit tel un prince charmant porte sa princesse et nous avons fait l’amour.
Elle m’a transportée au septième ciel, et bien au-delà, là où l’amour, le grand, rencontre le sexe. Sa bouche et sa langue venaient danser sur la pointe de mon sexe, langoureusement et tendrement, bien loin de ce qu’elle avait pu me faire dans la voiture sur ce parking contre 50 euros.
Elle abandonna mon pénis, pour remonter le long de mon corps, sa main saisit mon sexe pour le mettre dans ce délicieux mystère qu’elle avait entre ses magnifiques jambes.
Je la pénétrais lentement d’abord puis augmentant le rythme, je pénétrais encore ce doux coussin de soie qui habillait son vagin.
Je me sentais un autre homme, elle m’aimait et elle me le montrait.
Je la pénétrais avec joie, je la prenais avec passion et ardeur, lui volant des cris de plaisir et des mots d’amour.
Nous avons unis nos corps pendant des heures, dans une confusion de sentiments et de plaisirs charnels, ce plaisir que je ne connaissais pour ainsi dire pas, ce plaisir qu’elle n’avait pas dans ces relations de prostituée qu’elle était avec les hommes.
C’était bientôt Noël.

Assis à la table du salon, je bois un café.
C’est bientôt l’heure d’aller au bureau.
Je lève les yeux pour voir Enzo en train de boire son bol de lait, de manger ses céréales.
Il a bientôt 8 ans et il m’appelle papa.
Cathy sort de la chambre, en pyjama encore endormie.
Elle est belle, tellement belle. Elle tient dans les bras Eva notre petite fille d’un an.
Nous nous regardons tendrement, tout l’amour que nous nous portons est dans nos yeux.

J’ai eu raison de persister et de me faire violence.
Chacun doit garder espoir, chacun a sa chance, son droit au bonheur.
Il faut être patient et continuer à croire en son destin.
Chacun a droit à un cadeau de Noël, il faut apprendre à le chercher, à ne pas passer à côté sans le voir.
Et une fois qu’on la trouvé, il ne faut plus jamais le laisser.

Joyeux Noël…