Souvenir de son premier amour, nostalgie de son doux parfum, de son corps et de leurs ébats amoureux à Lyon
Chaque matin, lorsque je me rasais, sur l’étagère face à moi, entre la brosse à cheveux et le dentifrice, je voyais le flacon de ton parfum.
Ce parfum je te l’avais acheté il y a si longtemps, lorsque nous étions encore ensemble, lorsque l’amour nous semblait éternel et indestructible, lorsque tu étais à moi et moi à toi.
Je l’avais acheté pour sentir ton parfum, toujours même lorsque tu n’étais pas là, lorsque nous étions loin l’un de l’autre.
Je me souviens que je l’ouvrais, je savourais ce doux parfum doré, j’humais ce doux arôme, cette fragrance absolue, et c’était comme si tu étais à mes côtés même si nous étions séparés de mille kilomètres, lorsque tu allais voir tes parents à Rome, mentalement, spirituellement tu étais avec moi.
Ton amour, ton sourire si tendre, ton corps si harmonieux et ta peau délicate, tes seins que j’aimais tant, ton cou si fin et long, ta nuque majestueuse… tout ton être se rappelait à moi.
Ton parfum m’enivrait…
Je te revoyais en mettre délicatement avant de sortir : une goutte derrière chaque oreille, un peu dans le cou et une goutte encore, ou peut être davantage, dans le creux de tes seins, une senteur qui allait réveiller tous mes sens et que j’allais profondément savourer lors de nos ébats sexuels.
Nous avions dix-huit ans et tu étais mon premier, mon grand, mon unique amour.
Je t’avais rencontrée sur les bancs de la fac à Lyon où nous étions tous les deux étudiants.
La belle italienne que tu étais m’avait séduit au premier regard, tes cheveux noirs, ce petit accent, ta voix cassée…
Tu étais la fille pour laquelle j’avais perdu la tête, à laquelle j’avais donné mon jeune cœur et ma virginité.
Ma première expérience sexuelle je l’ai eu avec toi, quel bonheur de se découvrir mutuellement et de partager cette étape magique de la vie : tu m’avais dépucelé dans un élan d’amour et de tendresse.
Très vite nous avions décidé de partager un petit studio sur les quais du Rhône, ce petit appartement sous les toits était devenu notre nid d’amour.
Tu avais bouleversé ma vie, mes habitudes, mes repères.
Tu étais ce rayon de soleil qui pointe entre les nuages, tu étais la goutte de pluie qui arrose la terre aride, tu étais tout pour moi.
Ta beauté et ta douceur m’avaient bouleversé, j’étais ébloui par chaque partie de ton corps dont je me rappelle encore dans les moindres détails, ce petit grain de beauté que tu avais au creux des reins…
Et ton parfum, intense et délicat, frais et enivrant, qui devait encore hanter les lieux où nous avions si souvent fait l’amour passionnément.
Lorsque de ma bouche j’explorais ton corps qui devenait un corps de femme mais était encore juvénile, un corps d’adolescente, dans une recherche illimitée de te donner du plaisir, de transformer mon expérience toute récente en extase, de vaincre cette peur que j’avais de te décevoir, je sentais ton parfum.
Je te couvrais de baisers, ta poitrine, ton ventre, tes jambes si galbées, tes hanches…
Et dans tous les recoins de ton corps, je m’enivrais de cette douce senteur comme si les quelques gouttes que tu avais mis le matin s’étaient multipliées à l’infini, comme si chaque centimètre de ta peau avait reçu la douce caresse d’une de ces gouttes ; tu étais imprégnée de ce parfum et je m’en imprégnais en te faisant l’amour.
Dans les moments les plus intenses, les plus torrides de nos rapports de jeunes gens de 18 ans que nous étions, lorsque je te pénétrais hésitant, lorsque je me perdais dans ta douce intimité, je pensais alors que ce doux parfum ne pouvait venir de ce petit flacon, c’était le parfum de ta peau, comme si par quelque miracle tu étais née parfumée, légère et rosée enveloppée dans un nuage de flagrance.
Et lorsque nous dansions tendrement enlacés, nos corps unis comme s’ils ne faisaient qu’un, dans cette discothèque du Vieux Lyon où nous nous rendions souvent, ton parfum me capturait comme dans un filet et se fixait sur ma chemise, sur ma peau.
Le soir, en me déshabillant, je te sentais à nouveau, j’étais imprégné de ton parfum. Une partie de toi était devenue une partie de moi, une métamorphose invraisemblable, c’était l’amour, le vrai, le pur. Je te rejoignais ensuite sous les draps où le contact de ton corps nu m’excitait et nous nous embrassions avec fougue, nous faisions l’amour jusqu’à épuisement.
Un amour de jeunesse comme il en existe tant, souvent trop beau et trop passionnel pour durer et qui s’est achevé sans trop savoir pourquoi, qui s’est consumé comme une feuille à cigarette, rapidement mais intensément. Tu es repartie en Italie, nous nous sommes écris, et puis la vie a fait son chemin, tu as rencontré un bel italien… je suis rentré seul à Lyon, désespéré.
Le souvenir de ton parfum m’a consolé pendant toutes ces années, m’a parfois bouleversé, m’a fait enragé, m’a fait pleuré.
Et voilà, une fois de plus, je plonge mon nez sur ce flacon de parfum, ton flacon qui est resté là.
Les parfums aussi peut-être comme les amours finis, n’ont plus la même intensité, la vie et les dix années passées l’ont emporté comme les vagues emportent les dessins faits sur le sable, le temps altère le souvenir que j’ai de toi et que je conserve enfouis en moi.
Le temps change tout, nos vies, nos corps…
Ton corps doit maintenant être celui d’une vraie femme, avec ses courbes, ses formes de femme… loin de ce corps encore adolescent en devenir que j’aimais tant serrer dans mes bras.
Le parfum évolue lui aussi sans doute.
Il me semble aujourd’hui différent, moins doux, un peu plus âpre.
Peut-être parce que ma vie aussi est devenue moins douce…
Si je pouvais remonter dans le temps et m’y arrêter à jamais, te faire l’amour et sentir ta peau tiède et chaude excitée que tu étais par nos ébats sur ce lit rouge.
Je voudrais te faire profiter de l’expérience que j’ai acquise au fil du temps avec les femmes, te caresser comme je ne l’ai jamais fait, je faire jouir et crier d’extase, te faire monter au septième ciel…
Je voudrais une fois encore sentir ton doux parfum, ce parfum qui est là devant moi, enfermé dans son flacon, n’est plus le même que celui qui embaumait ta peau de velours.
Je me demande parfois si tu portes encore ce même parfum ? Je ne le saurais probablement jamais mais je préfère penser que oui…
Fin